Les fêtes de village et les guinguettes sont parmi les rares endroits où toutes les générations se retrouvent, sans billet d'entrée ou presque. On y vient pour un repas sur la place, un bal, un concours de boules ou un tour de manège, et l'on repart en ayant parlé à des gens que l'on ne croise jamais. Derrière ces soirées, il y a des traditions anciennes, fête du saint patron, ducasse, bal du 14 juillet, et surtout des bénévoles. Voici d'où elles viennent et comment en profiter.
Un soir de juin à Pelleport
La lumière baisse sur la place de Pelleport, en Haute-Garonne. Le haut clocher de l'église, coiffé d'une flèche pointue, domine la scène. Au pied des platanes, un château gonflable jaune et bleu attend les derniers enfants. Plus loin, les stands forains allument leurs guirlandes. Des habitants sont assis en rang sur un muret, en short et en sandales. Un garçon traverse la place en courant, une petite fille le suit. À gauche, des tables pliantes sont dressées pour le repas.
La fête du village a lieu ici chaque année début juin. La photo date de 2015, mais elle pourrait avoir été prise l'an dernier, ou il y a 30 ans. C'est ce qui frappe dans ces fêtes : leur forme change peu, et c'est justement pour cela qu'on y revient.
Mille noms pour une même fête
Dans le Midi, on parle de fête votive ou de fête patronale : le village honore son saint patron. La tradition est particulièrement vivante en Provence, en Languedoc, en Ardèche, dans le Gard, l'Hérault, le Tarn ou la Haute-Garonne. Elle marquait autrefois une trêve dans les gros travaux des champs, ou célébrait les premières récoltes, ce qui explique qu'elle tombe souvent en été. Repas sur la place, concours de pétanque, bal le soir, attractions foraines : le programme a peu varié.
Dans les régions de langue francoprovençale, la même fête s'appelle la vogue. Dans le Nord et en Belgique, c'est la ducasse. Le mot vient de dédicace, la consécration d'une église, et il est attesté depuis 1391. La ducasse célèbre à l'origine l'anniversaire de cette consécration.
Le Nord a une particularité : ses géants. Ces grandes figures portées et dansées dans les rues sont plus de 450 dans l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais. Gayant et sa famille défilent à Douai, Reuze Papa et Reuze Maman à Cassel. Avec leurs cousins belges, ils ont été proclamés par l'UNESCO en 2005, puis inscrits en 2008 sur la liste du patrimoine culturel immatériel.
La guinguette, la fête au bord de l'eau
La guinguette est née au XVIIe siècle dans les faubourgs de Paris. Son nom viendrait du guinguet, un petit vin blanc aigrelet produit en Île-de-France, même si d'autres étymologies circulent. Ces cabarets s'installaient hors des murs de la ville pour échapper à l'octroi, la taxe perçue sur le vin entrant dans Paris. On y buvait moins cher, on y mangeait et, à partir de la fin du XVIIIe siècle, on y dansait.
Avec le chemin de fer, les Parisiens ont pris l'habitude d'aller danser le dimanche au bord de la Marne ou de la Seine. Les peintres ont suivi. Renoir a peint le Bal du moulin de la Galette en 1876, et Le Déjeuner des canotiers quelques années plus tard.
Les guinguettes ont presque disparu après la Seconde Guerre mondiale, avec la pollution des rivières et l'arrivée d'autres loisirs. Depuis les années 1980, elles reviennent, notamment dans les boucles de la Marne, mais sous une autre forme : ce sont souvent des buvettes saisonnières, ouvertes de mai à septembre au bord d'un lac ou d'une rivière, avec parfois un orchestre le week-end.
Le 13 juillet au soir
Le bal des pompiers se tient le soir du 13 ou du 14 juillet. La tradition veut que la première ouverture au public ait eu lieu en 1937, à la caserne de la rue Carpeaux, à Montmartre, quand un sergent aurait laissé entrer la foule qui suivait le défilé. Certains historiens estiment que des civils y étaient déjà conviés dès 1926. Les bénéfices servent aux amicales de sapeurs-pompiers, pour soutenir les familles en difficulté ou les victimes d'incendie.
La Fête de la musique, elle, est bien plus récente. Le ministère de la Culture, alors dirigé par Jack Lang, l'a lancée le 21 juin 1982 avec Maurice Fleuret. Le principe tient en une phrase : des concerts gratuits, dans la rue, ouverts aux amateurs. En 2014, plus de 120 pays avaient repris l'idée. Dans beaucoup de villages, c'est devenu la première fête de l'été.
Ce qui fait tenir une fête
Derrière chaque fête de village, il y a un comité des fêtes, le plus souvent une association de bénévoles. Ce sont eux qui réservent le forain, montent les tables, tiennent la buvette, organisent la tombola et replient tout le lendemain matin. Les recettes de la buvette et du repas financent l'édition suivante.
Cette organisation est fragile. Quand les bénévoles vieillissent sans relève, la fête s'amenuise, puis disparaît. Si vous venez de vous installer dans une commune, proposer un coup de main au comité est l'une des façons les plus rapides de connaître vos voisins. Une heure à la buvette vaut bien des présentations.
Les fêtes de quartier en ville reposent sur le même principe. Nous avons évoqué les repas de rue dans notre article sur la convivialité à table.
En profiter sans se ruiner
Une fête de village reste l'une des sorties les moins chères de l'été. Le repas sur la place coûte généralement bien moins qu'un restaurant, et le bal est gratuit. Quelques précautions évitent les mauvaises surprises : prévoir de la monnaie, car tous les stands n'acceptent pas la carte ; fixer à l'avance aux enfants un nombre de tours de manège ; réserver le repas quand le comité le demande, les places partent vite.
Arriver tôt permet de profiter du moment le plus agréable, quand la chaleur tombe et que les familles s'installent. Rester tard offre autre chose : le bal, la musique, les conversations qui s'étirent.
Toutes les fêtes ne plaisent pas à tout le monde. Le bruit, l'alcool servi en quantité ou la musique trop forte peuvent en éloigner certains. Rien n'oblige à rester jusqu'au feu d'artifice. Une heure sur la place, un verre, quelques mots échangés suffisent souvent à repartir de bonne humeur, dans l'esprit d'un apéro entre amis à l'échelle du village.



