Vivre au rythme des saisons, c'est accorder ce que vous mangez, ce que vous faites et votre manière de vous reposer à la lumière et au temps qu'il fait. Nul besoin d'habiter à la campagne : il suffit de remarquer ce qui change d'un mois à l'autre et d'en faire des rendez-vous. Le mot saison vient d'ailleurs du latin satio, les semailles. Il a toujours désigné un moment propice pour faire quelque chose. Retrouver ce fil donne du relief à l'année, à condition de ne pas en faire une règle de plus.
Fin septembre, entre les rangs de vigne
À Kintzheim, dans le Bas-Rhin, des vendangeurs avancent entre des rangs de vigne encore très verts. L'un porte un seau noir, un autre se penche vers les grappes. Derrière une maison au toit rouge, le coteau monte jusqu'aux ruines d'un château du XIIIe siècle, dont les vestiges sont classés monument historique depuis 1965. La photo a été prise un 28 septembre.
Les vendanges sont peut-être le meilleur exemple d'un moment que l'on ne choisit pas. Pendant des siècles, le seigneur fixait par proclamation le jour où l'on avait le droit de cueillir : c'était le ban des vendanges. Aujourd'hui encore, la date d'ouverture est fixée par arrêté préfectoral, après une évaluation de la maturité du raisin à laquelle participent notamment l'INAO et les syndicats viticoles.
Ces dates, notées depuis le XIVe siècle dans certaines régions, forment une archive précieuse. L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie s'en est servi pour reconstituer le climat du passé. Elles montrent aussi un décalage récent : les vendanges ont avancé d'environ 3 semaines entre les années 1960 et 2010. Le rythme des saisons existe, mais il bouge.
Quand la Révolution a nommé les mois d'après le temps qu'il fait
La France a un jour essayé de caler officiellement son calendrier sur les saisons. Le calendrier républicain, adopté en octobre 1793, faisait commencer l'année le 22 septembre, à l'équinoxe d'automne. Le poète Fabre d'Églantine a donné aux 12 mois des noms tirés de la nature.
L'automne comptait vendémiaire, le mois des vendanges, brumaire, celui des brumes, et frimaire, celui des frimas. L'hiver suivait avec nivôse, pluviôse et ventôse : la neige, la pluie, le vent. Au printemps venaient germinal, floréal et prairial, puis l'été avec messidor, le mois des moissons, thermidor, celui de la chaleur, et fructidor, celui des fruits. Chaque jour portait le nom d'une plante, d'un animal ou d'un outil plutôt que celui d'un saint.
L'expérience n'a pas duré : le calendrier a été abandonné au 1er janvier 1806. Mais ces noms ont gardé leur pouvoir d'évocation. Ils rappellent qu'une année peut se raconter par ce que l'on voit dehors plutôt que par des numéros.
4 saisons de longueurs différentes
Les saisons astronomiques commencent aux équinoxes et aux solstices. En 2026, le printemps a débuté le 20 mars à 15 h 46, heure de Paris. L'été commence le 21 juin à 10 h 24, l'automne le 23 septembre à 2 h 05 du matin et l'hiver le 21 décembre à 21 h 50.
Ces saisons n'ont pas la même durée. Dans l'hémisphère Nord, l'été dure actuellement près de 94 jours et l'hiver 89. La raison tient à l'orbite de la Terre, légèrement elliptique : notre planète passe au plus près du Soleil début janvier et va alors plus vite. L'hiver astronomique est donc la saison la plus courte de l'année, ce qui ne se ressent guère quand on attend le retour des beaux jours.
Les météorologues, eux, utilisent des saisons calées sur des mois entiers : l'hiver va de décembre à février, le printemps de mars à mai, et ainsi de suite. Pour vivre au rythme des saisons, ce découpage est souvent plus parlant.
La lumière, première horloge
Ce qui change le plus d'une saison à l'autre, ce n'est pas la température mais la lumière. Or elle règle une bonne partie de notre humeur et de notre sommeil. Certaines personnes vivent mal la baisse de luminosité de l'automne et de l'hiver. Le psychiatre américain Norman Rosenthal a décrit en 1984 ce que l'on appelle le trouble affectif saisonnier, une forme de dépression qui revient chaque année à la même période.
Le traitement de référence est la luminothérapie. Les protocoles courants prévoient une exposition à une lampe de 10 000 lux pendant environ 30 minutes, de préférence le matin. Si votre moral chute chaque hiver de façon marquée et durable, c'est un sujet à aborder avec un médecin plutôt qu'à régler seul.
Sans aller jusque-là, un geste simple aide beaucoup : sortir le matin, même par temps gris. La lumière du jour reste bien plus forte que celle d'un intérieur éclairé. Une marche de 20 minutes avant le travail en décembre n'a pas le même effet qu'en juin, mais elle compte.
L'heure qui change deux fois par an
L'heure d'été a été réintroduite en France le 28 mars 1976, après le premier choc pétrolier, pour économiser l'éclairage du soir. Depuis 1996, le passage se fait le dernier dimanche de mars et le retour à l'heure d'hiver le dernier dimanche d'octobre, comme dans le reste de l'Union européenne.
En 2019, le Parlement européen a voté la fin de ces changements. Faute d'accord entre les États sur l'heure à conserver, rien n'a été appliqué, et la France change toujours d'heure deux fois par an.
Pour beaucoup, la semaine qui suit est un peu décalée : réveil difficile, fatigue en fin de journée. Anticiper en avançant ou en reculant son coucher de 15 minutes les jours précédents limite l'effet. Sur ce point, la sieste courte peut aussi rendre service.
Dans l'assiette, sans dogme
Manger de saison reste la façon la plus simple de sentir l'année passer. Chaque période a ses produits : les poireaux, les choux, les endives et les agrumes en hiver ; les petits pois, les radis et la rhubarbe au printemps ; les courgettes, les aubergines et les abricots en été ; les pommes, les poires, les coings et les châtaignes à l'automne.
L'intérêt n'est pas seulement gustatif. Un produit qui revient après plusieurs mois d'absence se remarque et se savoure davantage, et il est souvent moins cher au pic de sa production. Le marché est le meilleur endroit pour apprendre ce calendrier sans l'étudier, comme nous le racontons dans notre article sur le marché du dimanche.
Inutile toutefois de devenir intransigeant. Un citron en été ou une conserve de tomates en hiver ne trahissent rien. L'idée est de privilégier ce qui est de saison, pas de s'interdire le reste.
Se fabriquer un calendrier à soi
Le plus agréable consiste à associer à chaque saison quelques rituels personnels. Le premier repas pris dehors au printemps. Les longues soirées d'été où l'on dîne tard. Les confitures ou les compotes d'automne, quand les fruits abondent. La soupe du dimanche soir en hiver, préparée avec ce qui reste dans le bac à légumes, une idée que nous développons dans le plaisir de cuisiner soi-même.
Ces rendez-vous créent de l'attente, et l'attente fait partie du plaisir. Ils donnent aussi des repères aux enfants, qui retiennent souvent mieux les saisons par ce que l'on fait que par ce que l'on apprend.
Reste une limite honnête. Beaucoup de métiers ignorent les saisons : on travaille aux mêmes heures en janvier et en juillet, sous le même néon. Et le climat lui-même se dérègle, avec des hivers plus doux et des printemps précoces. Vivre au rythme des saisons ne consiste donc pas à revenir à un passé idéalisé, mais à garder un œil sur la fenêtre.



