Se déconnecter ne veut pas dire renoncer à son téléphone, mais décider des moments où il n'a pas sa place. Les méthodes qui marchent sont modestes et concrètes : couper la plupart des notifications, garder des plages sans écran chaque jour, sortir le téléphone de la chambre, et faire respecter au travail le droit à la déconnexion prévu par la loi depuis 2017. Le but n'est pas la pureté numérique. C'est de retrouver de l'attention pour ce qui se passe autour de vous, et le calme qui va avec.
Une chaise au bord du bassin
Au jardin des Tuileries, à Paris, une jeune femme est assise sur une chaise métallique verte, face au grand bassin octogonal. Elle a posé des feuilles sur ses genoux et s'y penche. Devant elle, des mouettes et des canards glissent sur l'eau. Au loin, derrière la foule qui se presse sur l'esplanade, l'obélisque de la Concorde se dresse sous un ciel très bleu. Quelques feuilles mortes jonchent le sol : c'est un samedi de fin septembre.
Tout autour, des dizaines de personnes marchent, photographient, consultent leur écran. Elle, non. La scène est ordinaire, et c'est ce qui la rend intéressante : se déconnecter n'exige pas une retraite dans le désert, seulement une chaise et un moment choisi.
Le lieu s'y prête depuis longtemps. Aménagé à partir de 1564 pour Catherine de Médicis, redessiné en 1664 par André Le Nôtre, le jardin s'étend sur 25,5 hectares. L'écrivain Charles Perrault avait plaidé pour son ouverture au public, et l'on y a longtemps loué des chaises pour 2 sous.
Pourquoi c'est si difficile
Selon le Baromètre du numérique publié en février 2026, 91 % de la population française possède un smartphone. L'objet est devenu à la fois agenda, banque, appareil photo, carte routière, journal et lien avec les proches. Il est donc logique que l'on ait du mal à s'en séparer : il sert réellement.
Le problème tient moins à l'usage qu'à la sollicitation. Chaque notification interrompt ce que l'on fait, et reprendre le fil demande un effort. Les applications de réseaux sociaux et de vidéo sont conçues pour retenir l'attention le plus longtemps possible, avec des fils sans fin et des recommandations personnalisées. La volonté seule résiste mal à des outils pensés pour la contourner.
C'est pourquoi les méthodes efficaces agissent sur l'environnement plutôt que sur la discipline : on retire la tentation au lieu de lutter contre elle.
6 réglages qui changent tout
Couper les notifications non humaines. Gardez celles des appels et des messages de vos proches, supprimez celles des applications, des jeux, des boutiques et des réseaux sociaux. Vous consulterez ces applications quand vous le déciderez.
Regrouper les courriels. Les consulter 2 ou 3 fois par jour, à heures fixes, plutôt qu'en continu.
Activer un mode concentration ou nuit. La plupart des téléphones permettent de programmer des plages où seuls quelques contacts peuvent vous joindre.
Ranger l'écran d'accueil. Déplacer les applications les plus chronophages dans un dossier, sur la deuxième page, suffit parfois à réduire les ouvertures machinales.
Passer l'écran en noir et blanc le soir. L'option existe dans les réglages d'accessibilité. Un fil d'actualités en gris perd une bonne partie de son attrait.
Consulter son temps d'écran. Le chiffre hebdomadaire affiché par le téléphone surprend souvent. Il ne sert pas à culpabiliser, mais à repérer où part le temps.
Des lieux et des heures sans écran
La chambre d'abord. Un réveil classique, acheté quelques euros, permet de laisser le téléphone se recharger dans une autre pièce. La dernière et la première demi-heure de la journée redeviennent libres.
La table ensuite. Nous avons évoqué dans l'article sur le temps de ne rien faire l'intérêt de laisser l'appareil hors de portée. Au moment des repas, c'est encore plus sensible : une conversation sans écran posé sur la table n'a pas le même rythme.
Le dimanche, enfin. Certaines familles instaurent une demi-journée par semaine sans écran, consacrée à une promenade, un jeu de société ou un atelier cuisine. Il n'est pas nécessaire que ce soit une règle rigide pour que l'habitude s'installe.
Pour les enfants, la loi du 3 août 2018 interdit déjà l'usage du téléphone portable dans les écoles et les collèges, sauf exceptions. À la maison, l'exemple des adultes compte davantage que les interdictions.
Au travail, un droit à faire valoir
La France a été le premier pays à inscrire un droit à la déconnexion dans son code du travail. Issu de la loi du 8 août 2016, dite loi El Khomri, il s'applique depuis le 1er janvier 2017 et figure à l'article L2242-17 du code du travail.
Concrètement, les entreprises d'au moins 50 salariés doivent aborder ce sujet dans leurs négociations annuelles. À défaut d'accord, l'employeur élabore une charte qui définit les modalités de ce droit, comme l'absence de courriels le soir et le week-end, et prévoit des actions de sensibilisation. La loi ne prévoit pas de sanction spécifique, et c'est aux salariés de faire valoir leurs temps de repos si nécessaire.
Si votre entreprise dispose d'une charte, lisez-la : elle est souvent plus protectrice qu'on ne le croit. Sinon, quelques gestes aident. Programmer l'envoi des courriels écrits tard pour le lendemain matin. Indiquer ses horaires de disponibilité dans sa signature. Activer une réponse automatique pendant les congés, sans promettre de répondre depuis la plage.
Ce qui ne marche pas vraiment
Les grandes cures de désintoxication numérique donnent souvent de bons moments, mais leurs effets durent peu si rien ne change au retour. Mieux vaut des habitudes quotidiennes modestes qu'une semaine sans réseau suivie d'une rechute.
Les gadgets promettent beaucoup. Les lunettes filtrant la lumière bleue, par exemple, n'ont pas fait la preuve d'un bénéfice sur la fatigue visuelle selon une revue Cochrane publiée en 2023.
Enfin, la culpabilité est une mauvaise alliée. Le téléphone permet aussi d'appeler un parent éloigné, de lire, d'apprendre, d'écouter de la musique. Se déconnecter, c'est choisir ses usages, pas se reprocher chacun d'eux. Ce temps récupéré peut servir à savourer les petits plaisirs du quotidien, qui demandent justement de l'attention.



