Un foyer où il fait bon vivre se reconnaît moins à sa décoration qu'à 3 choses : la lumière, les odeurs et une certaine tolérance au désordre. Une pièce baignée de jour, un air que l'on renouvelle chaque jour, une odeur de soupe ou de pain grillé, des livres ouverts et un plaid sur le canapé font plus pour le bien-être qu'un intérieur de magazine. Tout cela coûte peu. Cela demande surtout de penser la maison comme un lieu où l'on vit, pas comme un décor à entretenir.
La salle à manger de Bonnard
En 1913, Pierre Bonnard peint la salle à manger de sa maison de campagne de Vernon, dans l'Eure, achetée l'année précédente. La porte vert d'eau est grande ouverte sur un jardin éclatant de lumière jaune et verte. Sur la table ronde, couverte d'une nappe bleu pâle, traînent 2 assiettes de fruits. Un chat est installé sur la chaise en bois. À droite, penchée à la fenêtre depuis le dehors, une femme en rouge regarde dans la pièce : c'est Marthe, la compagne du peintre. À gauche, sur une petite table, un pichet et quelques fleurs rouges.
La toile, qui mesure plus de 2 mètres de large, est aujourd'hui conservée au Minneapolis Institute of Art, aux États-Unis. Elle dit bien ce qu'est une maison heureuse. Rien n'y est rangé pour la photo. Le repas est fini, ou pas commencé. La frontière entre dedans et dehors s'efface. On sent presque la chaleur de l'après-midi.
La lumière d'abord
Avant de repeindre un mur ou d'acheter un meuble, regardez comment la lumière entre chez vous. Une pièce claire paraît plus grande et plus accueillante, et l'on s'y attarde plus volontiers.
Quelques gestes simples la laissent circuler. Dégager les fenêtres de tout ce qui les encombre : plantes trop hautes, piles de papiers, rideaux lourds tirés en permanence. Préférer des voilages légers en journée. Placer un miroir face à une fenêtre pour renvoyer le jour vers le fond de la pièce. Installer le coin lecture ou le bureau là où il y a du jour, plutôt que là où il y a de la place.
Le soir, la lumière change de rôle. Une seule ampoule au plafond donne une ambiance de salle d'attente. Plusieurs sources basses, lampes de table, liseuses, guirlandes, créent des zones plus douces. Des ampoules de teinte chaude, dites blanc chaud, font la différence pour un coût modeste.
Les odeurs, mémoire de la maison
La même année que la toile de Bonnard, en 1913, Marcel Proust publie Du côté de chez Swann. Le narrateur y trempe une madeleine dans une infusion, et le goût lui rend d'un coup les dimanches de son enfance chez sa tante Léonie. La madeleine de Proust est devenue le nom de ce phénomène : une odeur ou une saveur qui fait revenir un souvenir que l'on croyait perdu.
Une maison a ses odeurs, et ce sont souvent elles que l'on retient. Le café du matin, une soupe qui mijote, un gâteau au four, le linge qui sèche, le bois ciré. Elles ne s'achètent pas en flacon. Elles viennent de ce que l'on fait chez soi.
Les parfums d'ambiance sont une autre affaire. Les bougies et l'encens font partie des sources de polluants de l'air intérieur, par combustion. Rien n'interdit d'en allumer une de temps en temps, mais une casserole de pommes à la cannelle ou quelques branches de romarin parfument aussi bien, sans fumée.
Un air qui se renouvelle
Selon le ministère de la Transition écologique, nous passons en moyenne 85 % de notre temps dans des espaces clos. Le logement en représente une grande part. Or l'air intérieur accumule ce que l'on y produit : vapeurs de cuisson, humidité, produits ménagers, émanations des meubles neufs, fumées de combustion.
La recommandation officielle est simple : aérer au moins 10 minutes par jour, toute l'année, et davantage pendant le ménage, le bricolage ou la cuisine. En hiver, ouvrir grand pendant quelques minutes en coupant le radiateur de la pièce vaut mieux qu'une fenêtre entrouverte toute la journée. Nous détaillons ces réflexes de chauffage dans l'article économiser le chauffage cet hiver.
Une maison qui sent le renfermé n'est jamais tout à fait chaleureuse, quelle que soit sa décoration. L'air frais du matin fait partie du bien-être autant que la lumière.
Le désordre heureux
Les intérieurs photographiés dans les magazines ont un point commun : personne n'y vit. Pas de chaussures dans l'entrée, pas de courrier sur la table, pas de jouet sous le canapé. Tenter de reproduire ce modèle à la maison conduit souvent à une frustration permanente.
Un foyer habité porte des traces. Un livre ouvert sur l'accoudoir, un puzzle en cours, un dessin d'enfant sur le réfrigérateur, des bocaux sur l'étagère de la cuisine. Ce désordre-là n'est pas de la négligence : il raconte que la maison sert.
Il y a évidemment une limite. Quand on ne retrouve plus rien, quand chaque surface est encombrée, le désordre pèse sur l'esprit. La distinction utile se fait entre les objets en usage, qui ont le droit de traîner, et les objets inutiles, qui encombrent sans rien apporter. Trier ces derniers régulièrement, les donner ou les revendre, allège la maison sans la rendre froide. Cette idée rejoint celle que nous développons dans le bonheur dans la simplicité.
Le dernier ingrédient ne dépend pas des murs. Une maison où il fait bon vivre est une maison où l'on invite, où la porte s'ouvre facilement, où l'on garde une chaise libre à table. Recevoir n'exige ni grand salon ni vaisselle assortie, comme nous le montrons dans recevoir chez soi sans se ruiner.



